Soft - French

written by Gilane Tawadros


|

Les artistes sont depuis longtemps adeptes de la remise en question ou du dépassement des cloisonnements entre les disciplines, les cultures et les médias, tout comme des interventions dans les brèches entre les institutions et le public. Ceci a donné naissance à des pratiques artistiques dynamiques qui sont poreuses, tout en restant maîtrisées, souples, mais néanmoins solides. En court-circuitant l'institution, certains artistes ont trouvé le moyen d'être plus inclusifs ; en créant au sein de leurs propres pratiques des plateformes, ils offrent ainsi à d'autres artistes l'opportunité de présenter des travaux rarement vus ou peu connus. Souvent ces projets prennent la forme de collaborations et évoluent en fonction des lieux et des contextes dans lesquels ils s'inscrivent. Dans certains cas, les artistes parodient les structures muséographiques existantes, dans d'autres, ils construisent littéralement leurs propres espaces d'expositions.

A travers cette saison d'expositions, d'évènements et d'interventions, soft (septembre - décembre 2002) met en évidence des approches différentes dans la conception de l'exposition qui fonctionnent à l'écart de structures institutionnelles par trop rigides. soft teste les limites et la flexibilité de l'espace, tant du point de vue physique que conceptuel, ou en termes de commissariat d'exposition, afin d'étudier les relations entre l'institution, l'artiste et le public. Trois initiatives ou collectifs artistiques différents - Danger Museum (septembre), Charlotte Cullinan + Jeanine Richards artlab (octobre - novembre) et msdm (novembre - décembre) ont été invités à inscrire leurs positionnements critiques respectifs dans le cadre de cette saison et à présenter leurs pratiques dans des expositions longues d'au moins un mois qui auront lieu à la fois à l'intérieur et à l'extérieur d' inIVA. Tout du long, l'artiste Diego Ferrari (septembre - décembre) entend saisir, dans une série de photographies uniques, le travail en cours de réalisation ainsi que les lieux d'expositions dans lesquels les trois collectifs artistiques interviennent. Une publication, soft (décembre 2002), accompagne cette saison et documente les manifestations les plus récentes de cette forme d'intervention tout en s'attachant à la situer dans une histoire de l'art internationale et dans son contexte critique. Certains projets de commissariats d'expositions assumés par des artistes ont considérablement influencés la programmation d'institutions parmi les plus fréquentées. Celles-ci les ont pris en compte, en tentant soit d'historiciser, soit de relayer la vitalité et l'immédiateté de telles pratiques. Le projet de soft se situe quelque part entre ces deux modèles : s'efforçant à la fois de rendre compte de ses antécédents et d'ancrer solidement cette pratique artistique hybride dans le présent, il entend donner à voir sa fluidité et son imprédictibilité.

Ces frontières poreuses entre les disciplines sont également franchies à l'occasion d'autres projets qui complètent la saison soft. Kobena Mercer - écrivain en résidence à inIVA d'octobre à décembre - teste les frontières qui peuvent exister entre l'activité institutionnelle d'inIVA et la discipline académique de l'histoire de l'art ; d'un autre côté, wattUP! (septembre 2002 - mars 2003) s'attache à confondre les domaines de la musique contemporaine et de la théorie de la culture ; cette saison marque aussi le lancement de la première phase du nouveau programme éducatif d'inIVA autour des formes culturelles hybrides. Le tout nouveau projet de Digital Archive (accessible à partir de décembre) marque le passage dans le domaine virtuel des archives physiques que nous avons constituées sur les projets. Quant à Changing States (janvier - décembre), notre programme de discussions et de débats qui court sur toute l'année, il continue d'explorer les échanges et les influences entre les pratiques artistiques contemporaines et le phénomène de globalisation.