Atlas se définit comme le fil conducteur de la programmation saisonnière de inIVA, en établissant une cartographie des idées et expériences qui appartiennent à un territoire encore largement inexploré, allant de la bibliothèque personnelle de l’architecte Cédric Price aux explorations abstraites de Clifford Charles, établies à partir de situations politiques et sociales en phase de transition; du balcon aux saisons changeantes créé par Neeta Madahar, à l’étrange installation vidéo réalisée par Omer Fast et intitulée Godville.
Etant constamment bombardés par des images et informations en provenance de la terre entière, il nous paraît aisé d’imaginer que le monde a été universellement cartographié et analysé et qu’il ne reste plus rien qui soit matière à étude. En dépit d’une couverture médiatique de plus en plus conséquente, il existe cependant tout un champ d’idées et d’expériences dont on n’a pas rendu compte et qui n’ont pas été portées dans le domaine public, alors que les données actuellement disponibles ne sont pas forcément conformes à la réalité. La série des expositions et événements qui constitue la saison Atlas propose un aperçu des ces idées et expériences non encore documentées et en même temps remet en question ce qui est accepté en tant que fait historique et vérité irréfutable.
Les artistes Clifford Charles et Omer Fast revisitent le passé à partir du présent. Bien loin de réaliser des reconstitutions faciles et lisses, Charles et Fast évoquent au contraire des histoires inquiétantes et dissonantes, qui se situent à l’opposé de la vision romantique du passé, qui prévaut dans les films actuels ou à la télévision. Les encres de Clifford Charles (avril/mai) utilisent l’abstraction pour définir de nouveaux espaces physiques et visuels reflètant la réalité sociale et politique profondément altérée du postcolonialisme. Godville, (septembre/octobre) d’Omer Fast, présente une série d’entretiens avec des personnages-figurants de la ville coloniale de Williamsburg, dans l’état de Virginie, aux Etats-Unis, reconstituée telle qu’elle était au dix-huitième siècle, comme un musée d’histoire vivante. Constamment en train de basculer entre leur vie actuelle et la fiction historique, les personnages-acteurs de Fast mettent en lumière le saut permanent entre passé et présent dans l’Amérique contemporaine.
Une nouvelle commande réalisée par l’artiste photographe Franklyn Rogers pour l’X-Space d’inIVA (octobre/novembre) utilise internet pour réexaminer et remettre en question les pratiques photographiques actuelles par rapport à l’identité culturelle et son interprétation.
InIVA lance cette année toute une série de nouvelles publications, dont l’objectif est de réévaluer les critères traditionnels de l’histoire de l’art et de l’architecture. Cosmopolitan Modernisms (par Kobena Mercer) est le premier volume d’une série de publications rassemblées sous le titre Annotating Art’s Histories, qui explore l’histoire de l’art moderne de 1890 à 1980, pour aller au-delà d’un discours strictement identitaire et instaurer un dialogue sur l’art en partant de différents points de vue et perspectives culturelles. Shades of Black : Assembling Black Arts in the 1980s Britain (par David A. Bailey, Ian Baucom et Sonia Boyce) étudie une période clef de l’histoire de l’art contemporain britannique, mêlant théories culturelles, anecdoctes et expériences, qui résistent à une lecture unilatérale du passé. Annotations 7 : CP Retriever (par Elenaor Bron et Samantha Hardingham) se présente comme un inventaire de la bibliothèque personnelle de l’architecte Cédric Price, dessinant un portrait intime de l’univers de cet architecte visonnaire ainsi que de ses idées et méthodes.
Coïncidant avec la Semaine de l’Architecture, Architecture, Memory and Erasure (juin) se situe dans le prolongement de notre exploration de l’architecture, re-placée dans son contexte polique et social. Ces débats (« Chat Room ») visent à examiner le rôle joué par l’architecture dans le cadre d’une remise en question ou au contraire d’un renforcement de l’identité et de la mémoire culturelle. Inside Out : Kader Attia and the French Algerian Experience (mai) présente le travail de l’artiste d’origine algérienne Kader Attia, dans le cadre de l’histoire des relations franco-algériennes pendant que The Seventh Man – Then and Now explore le legs de John Berger et Jean Mohr à travers ‘The Seventh Man’, une étude de référence sur le phénomène des travailleurs immigrés en Europe.
